Marguerite-Marie Alacoque naquit à Vérosvres, au diocèse d’Autun, le 22 juillet 1647. Très jeune, elle fit le vœu de chasteté. À 23 ans, elle entra chez les Visitandines de Paray-le-Monial. Elle traçait bientôt ces lignes avec son sang : « Moi, chétif et misérable néant, proteste à mon Dieu me soumettre et sacrifier à tout ce qu’il demande de moi… Tout de Dieu, et rien de moi ; tout à Dieu, et rien à moi ; tout pour Dieu, et rien pour moi. » Puis vinrent les célèbres apparitions du Sacré-Cœur : « Mon Divin Cœur, lui dit Jésus, est si passionné d’amour pour les hommes que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande… Je t’ai choisie, comme un abîme d’indignité et d’ignorance, pour l’accomplissement de ce grand dessein. » Et Notre-Seigneur d’indiquer que le culte du Sacré-Cœur serait un culte de réparation, et de préciser qu’il désirait en particulier la communion du premier vendredi du mois, l’Heure Sainte et une fête spéciale. Comme plus tard pour Bernadette dans des circonstances semblables, ces révélations furent pour Marguerite-Marie la cause de bien des tourments : ses supérieures la brimaient, ses sœurs se moquaient d’elle. Mais elle eut pour la soutenir le P. de la Colombière, supérieur de la maison des Jésuites de Paray. Enfin comprise même dans son couvent, elle mourut le 17 octobre 1699, après quatre années de grâces et de consolations 1.
Un triste jour d’hiver, François s’en allait vers Gubbio. Mais voici que partout on lui dit de rebrousser chemin. Un loup terrible, bien plus fort et plus mauvais que les autres, sème la terreur à Gubbio et aux environs.
— On n’ose plus sortir !
— Je vais m’occuper de ça, dit François.
Et le voilà parti à la recherche du loup. Pas difficile de le trouver, avec ses traces dans la neige. D’ailleurs, sûr de sa force, il ne se cachait guère. Dans une clairière, ils se trouvèrent subitement face à face la grande bête mauvaise et le petit Frère aux yeux rayonnants.
Ils se regardèrent un moment sans bouger. Puis François fit un grand signe de croix.
— Frère loup, approche !
Lentement, comme à regret, mais déjà obéissant, il avance et paraît plus énorme encore près du chétif François. Il se couche à ses pieds comme un chien fidèle qui aurait fait des bêtises.
Plusieurs, en l’écoutant, ont envie de faire comme lui et le suivent. Il y aura d’abord Bernard de Quintavalle, un homme riche, grave et réfléchi ; Pierre de Cattani, le conseiller de l’évêché ; Égide le paysan, Ange le chevalier, le prêtre Sylvestre. Et, un peu plus tard, le grand Masseo, le doux Léon, l’amusant Genièvre, Divini, le roi des troubadours…
Bientôt, des centaines, puis des milliers, surtout après l’approbation du Pape Innocent III.
Que de belles choses à raconter sur ces débuts de la vie franciscaine des histoires si jolies qu’on en a fait un livre qui s’appelle Fioretti,
parce que la vie des saints c’est comme un bouquet de fleurs, douces à regarder et bonnes à sentir. Tenez, vous voulez savoir ce que fit un jour le Frère cuisinier, notre malicieux Genièvre ? Il avait remarqué que les Frères se préoccupaient un peu trop de leur nourriture et que lui passait beaucoup de temps à préparer les repas.
Un an passa, puis deux. Le petit maçon de Jésus avait fini de reconstruire Notre-Dame-des-Anges. Après la Chandeleur, le printemps risque un œil et les ruisseaux recommencent à rire. François avait un peu moins froid dans la petite cabane qu’il s’était construit
dans le bois, près de l’église. Et même, ce matin-là, le 24 février 1209, jour de Saint-Mathias, il avait tout à fait chaud au cœur et il chantait fort, comme juste avant qu’il vous arrive un grand bonheur sans que vous vous en doutiez.
Le curé de Saint-Damien vint dire la messe. Il lut l’Évangile plus lentement que d’ordinaire.
Allez et prêchez. Dites : le royaume des cieux est proche !… N’emportez ni or, ni argent, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaussures, ni bâton…
François eut comme un éblouissement. Bien des fois il avait entendu ces paroles, mais, ce matin, il comprenait qu’elles s’adressaient directement à lui. Quand Jésus lui
À partir de ce moment, il ne se demande plus qu’une chose comment vais-je servir Notre-Seigneur ? Il allait souvent prier dans la petite église de Saint-Damien, bâtie en pleine campagne, à flanc de coteau, au milieu des oliviers et bien en face de la plaine. Un joli coin pour penser au bon Dieu.
François aimait prier devant le grand Crucifix de bois peint qui domine l’autel. Et voilà qu’un jour, la peinture se met à bouger, les yeux s’animent et une voix douce prononce bien distinctement :
— Va, François, reconstruis ma maison…, elle s’écroule.
C’est vrai, elle était bien délabrée, la pauvre petite église de Saint-Damien. Et plus haut, dans la montagne, Saint-Pierre tombait en ruine. Et plus bas, dans la plaine, le clocher de Sainte-Marie-des-Anges faisait pitié. Eh bien ! François deviendra le maçon du bon Dieu.
Oui, mais il y a quelqu’un à qui tout cela ne plaisait guère…
Il y a longtemps de cela, dans une petite ville d’Italie appelée Assise, on parlait beaucoup du fils d’un riche marchand drapier…
Il s’appelait François. Il était petit et maigre, mais agréable de figure, avec un sourire charmant. Il fallait voir surtout ses beaux yeux noirs, à la fois vifs et doux.
C’était un vrai chef au milieu des autres jeunes gens d’Assise. Mais un chef pour l’amusement, et Dieu, qui lui avait donné aussi belle âme que beau visage, attendait autre chose de lui.
Il n’était pas du tout avare, mais un jour, pressé et énervé parce qu’il avait beaucoup de travail dans la boutique, il bouscula un mendiant :
― Va-t’en, tu m’ennuies !
Ah ! comme le remords vient vite le mordre. Il plante là les clients, court après le pauvre, s’agenouille devant lui, demande pardon et donne sa bourse toute pleine d’écus. Quand on est capable de faire un geste pareil pour l’amour de Dieu, ça prouve qu’on est appelé à de grandes choses.