LA FONTAINE MIRACULEUSE.
Les chanoines laissés à la garde de la chapelle ne manquaient de rien, si ce n’est d’eau douce. Car il n’y avait sur le Mont, ni fontaine, ni puits, ni citerne.
Saint Aubert était à ce sujet en grand embarras. Il pria Dieu de tout son cœur, et saint Michel aussi, de pourvoir les chanoines en eau.
Un jour qu’il se trouvait avec ses clercs au sommet du Mont, avec beaucoup de dévotion, le Saint pria ainsi :
— Aussi vraiment qu’au désert, l’eau jaillit de la pierre dure, pour le peuple assoiffé, aussi vraiment par charité, ô Dieu ! donne de l’eau à ce Mont qui n’en a point.
Quand il eut prié, il se leva, un ange vint lui montrer une pierre, qu’il souleva et l’eau coula fraîche et claire. Depuis, cette source a guéri maints malades.
Cette fontaine, appelée de St-Aubert en souvenir de l’évêque, avait été enfermée dans une tour formant avancé dans les défenses de l’Abbaye. Elle est aujourd’hui tarie ; mais des vestiges de l’escalier y conduisant et les fondations de la tour existent encore.
MORT DE SAINT AUBERT.
Quand saint Aubert sentit sa fin proche, il réunit ses clercs et leur demanda quand il serait mort, de faire transporter son corps au Mont, où il voulait être enterré dans la chapelle de Saint-Michel.
La mort du saint évêque fut un grand chagrin pour toute la population. Tout le monde le pleurait, car il avait été bon pour tous. Quand il savait où se cachait un pauvre dans la peine, il le visitait lui-même, et le réconfortait avec bonté et en partant lui faisait l’aumône.
Les chanoines, après avoir revêtu le corps des vêtements épiscopaux, l’étendirent dans la bière, et après la cérémonie funèbre à la cathédrale d’Avranches, le cercueil fut porté par quatre barons vers le Mont, suivis d’une foule considérable.
Les chanoines du Mont vinrent recevoir leur seigneur. Ils étaient, dit-on, si affligés, qu’ils ne purent rien chanter à haute voix.
Après la cérémonie, le cercueil fut enterré dans le chœur, la tête vers l’autel.
Plusieurs miracles eurent lieu sur cette tombe.
Après ces miracles les chanoines pensèrent mettre le corps dans une châsse, mais ils mirent à part la tête et le bras droit, pour pouvoir les porter en procession, et les montrer aux pèlerins, à l’occasion des grandes fêtes.
Le crâne du Saint portait la marque profonde du doigt de l’ange.
CURIOSITÉ PUNIE D’UN CHANOINE.
Les reliques de saint Michel, venant du Mont Gargan, avaient été placées dans une boîte scellée. Cette boîte était elle même enfermée dans un reliquaire qui demeurait sur l’autel.
Longtemps après la mort d’Aubert, il y eut un chanoine curieux, qui demandait à chacun s’il avait jamais vu retirer les reliques.
— Jamais, lui répondit-on, ni n’avons entendu dire que quelqu’un ait osé les retirer de la boîte où saint Aubert les a placées. Nous ne savons rien de plus, que ce qui nous a maintes fois été conté par nos ancêtres.
— Par ma foi, répondit le chanoine, l’envie m’a pris de les voir. Si Dieu m’aide, ou je les verrai, ou j’en mourrai. Permettez, je vous prie, que je les voie et les tire de la châsse.
Tous lui recommandaient de n’en rien faire. Mais plus les sages conseils étaient donnés au chanoine, plus il brûlait du désir de faire ce qu’il avait dit.
Il insista tant, qu’à la fin, les autres lassés, le laissèrent agir à son gré. Notre chanoine, après avoir jeûné trois jours, et le quatrième s’être lavé le corps, célébra la messe sur l’autel de Saint-Michel, où étaient les reliques.
Quand il eut terminé l’office divin, il prit la châsse. Il la regarda longuement, puis s’aidant d’un couteau, il voulut en soulever le couvercle. Il leva la main pour le faire, mais sentit soudain son bras immobilisé. La peur le prit. Ses yeux ne virent plus, et ses oreilles n’entendirent plus. Il voulut crier, il ne put, étant tout à coup devenu sourd, muet et aveugle.
Ceux qui le regardaient accoururent vers lui. Le malheureux pleurait à gros sanglots et suppliait en son cœur l’archange qu’il avait offensé de lui faire miséricorde.
On l’emporta, car il ne pouvait guère remuer, et, on le mit au lit. Les plaintes et sa misère faisaient pitié à ceux qui le voyaient. Il mourut le lendemain dans une telle douleur et repentance qu’on peut espérer que Dieu lui aura fait grâce.
Un autre curieux fut de même puni. Ce fut, cette fois, un jeune homme du nom de Colibert. Il avait voulu passer une nuit dans l’église, malgré la défense qui lui en avait été faite par les chanoines. On disait alors, que saint Michel venait souvent, la nuit, visiter son oratoire, ce qui expliquait les grandes lueurs qui furent maintes fois aperçues au-dessus du Mont.






